Les archives du Collège de France 2/2

On l’a dit dans l’article précédent, la richesse du service des archives du Collège de France réside en partie dans les fonds scientifiques de professeurs qu’il conserve. Ces fonds, versés par les professeurs de leur vivant ou donnés par leurs familles, sont de taille pouvant varier de quelques boîtes à une centaine mais ont tous un point commun, c’est qu’ils reflètent le travail de recherche et d’enseignement de leurs producteurs. On y trouve en effet plusieurs typologies documentaires, et notamment les cours professés dans l’établissement ainsi que les documents qui ont servis à leur élaboration. Or, si un résumé de ces cours est présent dans les annuaires du Collège et que certains ont été publiés, ce n’est pas le cas pour tous et il est donc intéressant de pouvoir y avoir accès dans les archives.

De plus, les documents de la recherche, produits par ces professeurs il y a parfois une centaine d’années, peuvent représenter une source indispensable à la recherche d’aujourdhui. On peut ainsi prendre l’exemple des documents présents dans le fonds de Claude Schaeffer (1898-1982). Titulaire de la chaire d’Archéologie de l’Asie occidentale entre 1954 et 1969, cet archéologue s’est distingué grâce aux trente-deux campagnes de fouilles archéologiques qu’il a menées en quarante-et-un ans sur le site de Ras Shamra-Ougarit en Syrie. En effet, ces campagnes ont fait émerger les ruines d’une cité entière, et ont également permis la découverte de tablettes à écriture cunéiforme alphabétique. On trouve donc dans les archives de Claude Schaeffer les archives de ses campagnes de fouilles, qui sont constituées de carnets et de rapports, mais également de plans du site et d’un nombre important de plaques de verre représentant, entre autres, les tablettes exhumées.

Aujourd’hui, seul 1/6e de la superficie du site a été fouillé, et une équipe franco-syrienne poursuit les recherches commencées en 1928. Cependant, à cause de la guerre civile qui touche la Syrie depuis mars 2011, les fouilles doivent s’exercer de manière clandestine et le site a fait l’objet d’une inscription sur la liste du patrimoine en péril de l’UNESCO en juin 2013. L’importance des archives de Claude Schaeffer se démontre alors ici, puisque la quasi-impossibilité pour les chercheurs d’accéder au site ainsi que les risques de destruction qu’il encourt font d’elles les seuls moyens de poursuivre les recherches.

L’importance de ces fonds rend donc leur classement et leur mise à disposition du public indispensable. Or, entre 2001 et 2013 ces deux tâches ne sont plus confiées au service des archives du Collège de France, mais à l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine. Crée en 1988 à l’initiative de chercheurs et de professionnels de l’édition, l’IMEC rassemble, préserve et met en valeur des fonds d’archives et des études consacrés aux principales maisons d’édition, revues et différents acteurs de la vie du livre et de la création. Dans la mesure où il s’inscrit dans une perspective de mission publique d’intérêt scientifique et de médiation entre la communauté des chercheurs et celle des déposants, l’IMEC est soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication (DRAC de Basse Normandie) et par le conseil régional de Basse Normandie.

IMECDans le cadre d’un partenariat signé en décembre 2001, le Collège dépose ses fonds scientifiques dans les locaux de l’IMEC situés en Normandie, à l’Abbaye d’Ardenne de Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, car les travaux de rénovation que connait l’établissement en rend difficile la conservation. Cependant, en 2013, deux opérations de rapatriement de plusieurs fonds sont organisées, afin de permettre une politique de valorisation auprès du public, ainsi que la reprise des inventaires effectués par l’IMEC, qui ne respectent pas toujours les notices de description telles que l’ISAD(G). Les fonds sont donc reclassés dans le respect des normes archivistiques et les répertoires numériques détaillés sont rédigés sur le progiciel Arkhéïa, permettant alors leur mise en ligne sur le site Salamandre du Collège de France et une consultation facilitée.

En plus des documents papiers et photographiques, les fonds scientifiques de l’établissement peuvent être constitués de documents audiovisuels. On peut par exemple citer le fonds Michel Foucault, titulaire de la chaire d’Histoire des systèmes de pensée entre 1970 et 1984, dont la consultation des cours audio sur Salamandre est régulièrement demandée. Le public a en effet accès à 226 fichiers Wave et Mp3 qui sont le résultat de la numérisation de 114 cassettes audio données au service par un auditeur des cours de Michel Foucault.

Enfin, le service dispose des dossiers individuels et personnels des professeurs. En respect du Code du patrimoine, ceux-ci sont soumis à des délais de communication liés au caractère personnel, médical ou à l’émission d’un jugement, mais ils peuvent être l’objet de dérogation. Ces dossiers permettent d’en savoir plus sur la carrière des professeurs, et complètent alors leurs fonds.

Bien qu’il puisse être qualifié de « petit » service, en raison de son petit nombre d’agents et de son rattachement à la bibliothèque générale, le service des archives du Collège de France dispose de fonds importants et d’une richesse historique et scientifique indiscutable, et des opérations de valorisation permettraient à la fois de mettre en valeur les documents et le service.

Jéromine Gilet

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.