Les archives privées et leur richesse 1


« L’Histoire c’est ce grand album de famille où chacun cherche à se reconnaître.  »

Serge Joncour, Que la paix soit avec vous

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La « grande collecte » lancée auprès des particuliers à l’initiative de la BNF, des Archives nationales et de la Mission du centenaire afin de numériser les archives de la première guerre mondiale sur la bibliothèque en ligne Europeana souligne l’importance des archives privées pour la constitution et la valorisation de l’histoire nationale. Ces bribes de souvenirs individuels permettent en effet de tisser la trame d’une mémoire commune où chacun peut se retrouver, richesse puisée dans leur diversité et leur parcours. Si cet article nous pousse à réfléchir aux différents moyens de collecter, classer, conserver et valoriser les archives privées, et ici familiales, il convient de prendre également en considération les relations que cela implique entre archivistes et particuliers.

Nous avons tous au fond d’un grenier, dans une maison de campagne ou les tiroirs d’un vieux bureau des archives familiales, souvent oubliées, qui mériteraient pourtant d’être mises à la lumière du jour. Photographies, journaux, correspondance, carnets de notes, esquisses, cartes postales, diplômes sont autant de richesses illustrant une histoire individuelle qui s’inscrit pleinement dans l’histoire nationale. Reflets d’une époque et d’un art de vivre, ces archives sont tout aussi précieuses que les archives publiques. Outre leur valeur sentimentale, elles présentent un intérêt pour l’historien comme pour l’archiviste qui trouve, en plongeant au cœur de l’intime, les traces d’un vécu, le témoignage d’un passé que les archives publiques ne peuvent révéler. Le traitement et la valorisation des archives familiales sauvegardent un pan de l’histoire qu’il ne faut pas négliger. Ainsi, à l’image de Zola qui s’attache aux portraits, aux familles et à leurs parcours, notre histoire est riche des souvenirs individuels. Les mettre en valeur c’est aussi donner la parole à ceux qui nous ont légué leur patrimoine et consolidé les bases de notre société, de notre identité.

Le traitement des archives familiales a autant de facettes qu’il y a d’individus. Il ne dépend pas seulement de la diversité des archives mais aussi du contexte dans lesquelles elles ont été conservées, collectées et classées. Lors de mes précédentes expériences, il m’a été donné de travailler dans des milieux très différents : travailler chez des particuliers pour le traitement d’archives privées implique une part de sa personnalité indissociable d’un savoir-faire archivistique et nécessite une grande adaptabilité. Il convient alors de modeler ses méthodes au contexte familial, au lieu de travail et aux moyens mis à disposition pour le traitement des archives dans un plus ou moins long terme. Au-delà d’une collecte parfois acrobatique – greniers poussiéreux, passages secrets, traitement d’archives à même le sol au milieu de petits monstres prenant leur goûter… – se pose également la question des conditions de conservation des archives : il est indéniable qu’un simple particulier ne peut offrir des locaux disposant de toutes les qualités exigées par notre métier. Toutefois, nous nous devons de les conseiller. La maison de campagne en Bretagne, humide et mal isolée n’est peut-être pas l’endroit rêvé pour archiver plusieurs mètres linéaires d’archives notariales remontant au XVème siècle. En revanche, nichée au deuxième étage d’une tour d’un célèbre château, l’ancienne chambre d’une grande tante peut facilement devenir une salle d’archives idéale dès lors que l’on veille à des température et hygrométrie constantes. Cela montre bien qu’il n’y a pas de situation unique et exemplaire, mais que l’archiviste doit avant tout s’adapter au milieu dans lequel il travaille, en prenant en compte les moyens humains et financiers dont il dispose, quitte à se faire le roi de la négociation !

Le traitement des archives familiales nous donne cette position ambiguë qui consiste à s’introduire chez quelqu’un que l’on ne connaît pas, à dépouiller son intimité, bousculer ses souvenirs familiaux qui reposent parfois sur des non-dits et des légendes dont les conséquences sont à évaluer. Une relation de confiance est donc essentielle pour enrichir le traitement des archives par des témoignages oraux, nécessaires à la bonne conduite du classement dans un premier temps puis à la rédaction de l’introduction et éventuellement à la valorisation du fonds. Après un premier récolement, on peut s’entretenir avec les membres de la famille qui apporteront chacun un point de vue différent sur un de leurs ancêtres ou des souvenirs d’enfance… Par ailleurs, ces bribes de souvenirs apportés par la famille permettent souvent d’élucider une zone d’ombre, d’améliorer un plan de classement ou de préciser des dates. Si les relations entre archiviste et particuliers sont souvent méfiantes au début, elles peuvent aboutir à une véritable complicité tant les familles sont heureuses de faire partager leur histoire et de sauvegarder leur patrimoine.

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Enfin, la valorisation de telles archives ouvre un champ infini d’initiatives, et ce à plusieurs niveaux. Au sein d’une famille, le traitement des archives peut aboutir à la conception d’un arbre généalogique ou d’ateliers pédagogiques auprès des enfants. Le classement d’archives privées dans un monument historique permet, grâce à des moyens plus importants et un certain rayonnement touristique, d’organiser plusieurs événements au cours de l’année tels les journées du patrimoine, les expositions, sans pour autant oublier de sensibiliser les héritiers, principaux garants de cette mémoire. Néanmoins, qui dit archives privées n’exclut en aucun cas la collaboration avec les services d’archives publiques. Ceux-ci peuvent en effet apporter leur expertise scientifique et éventuellement prendre en charge, par legs, dons ou dépôts, des versements d’archives privées.

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Le classement des archives privées chez les particuliers est donc avant tout une grande aventure humaine qui permet de découvrir des lieux, des parcours, des individus et de développer une solide relation de confiance autour d’une même passion : l’histoire.

Prêts à en discuter ? Selon vous quels seraient les meilleurs moyens d’approcher les particuliers pour favoriser les classements d’archives privées ? Quelles pistes pour la valorisation des archives privées ? Toutes autres remarques sont les bienvenues

Stéphanie Desvaux

@stepharchives

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