Les archives du Collège de France 1/2

OmniaLe Collège de France est à l’origine fondé en 1530, lorsque le maître de librairie de François Ier, Guillaume Budé, lui suggère d’instituer un collège de lecteurs royaux. Six humanistes payés par le roi sont alors chargés d’enseigner des disciplines qui ne sont pas encore admises à l’Université. Pour commencer seuls le grec et l’hébreu font l’objet d’un enseignement, puis plusieurs autres disciplines y sont ajoutées, jusqu’à ce que dix matières soient enseignées, parmi lesquelles on trouve le droit français, le latin, les mathématiques ou encore la médecine. Ce lieu d’étude s’appelle alors le Collège royal et prend pour devise « Docet omnia », qui signifie « Il enseigne tout » en latin, et qui est encore aujourd’hui la devise de l’établissement. Son existence perdure durant les siècles suivant, accueillant des grands noms, tels que Michelet, Quinet et Mickiewicz dans les années 1840-1850. Il faut attendre 1870 pour que le nom de Collège de France lui soit attribué.

Aujourd’hui, il s’agit d’un Établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel, dont l’organisation est fixée par décret en Conseil d’État. A sa tête, on trouve l’administrateur. Celui-ci est un professeur, élu par ses pairs puis nommé par décret présidentiel pour un mandat de trois ans renouvelable une fois. . L’administrateur du Collège de France est actuellement Serge Haroche, lauréat du prix Nobel de physique 2012. En vertu d’une loi du 31 décembre 1932, le Collège bénéficie de l’autonomie financière. Il est l’objet d’un nombre important d’opérations de mécénat, qui consistent soit en des dons, donations et legs, soit en des fondations.

Un dimanche par trimestre les professeurs se réunissent pour une assemblée, au cours de laquelle ils décident des orientations à prendre pour les années à venir en matière d’enseignement, de chaires et de nouveaux professeurs à recruter. En effet, en cas de départ à la retraite, le renouvellement d’une chaire se fait en s’adaptant à l’évolution des sciences, afin que le Collège soit toujours à la pointe des recherches en cours.

A l’heure actuelle, le Collège est divisé en sept ensembles de disciplines, à savoir les sciences mathématiques, les sciences physiques, les sciences naturelles, les sciences philosophiques et sociologiques et les sciences historiques, philologiques. Ils regroupent un total de cinquante-sept chaires, dont cinq sont renouvelées annuellement. On y trouve par exemple les chaires d’anthropologie de la nature, de génétique humaine, d’histoire intellectuelle de la Chine ou encore de psychologie cognitive expérimentale. L’établissement dispense des cours non diplômant de haut niveau. L’enseignement y est gratuit et ouvert à tous sans inscription.

Pour la conservation de ses archives, l’établissement dispose d’un service. Celui-ci est rattaché à la bibliothèque générale, qui propose des collections liées aux enseignements et à la recherche présente et passée du Collège de France.

Bien qu’existant depuis longtemps, il a fallu attendre 2005 pour que celui-ci fonctionne selon les préconisations des Archives de France dans le respect des normes archivistiques. En effet, dans les années 1970, l’archiviste en place avait adopté un plan de classement thématique, provoquant alors un éclatement des fonds, avec l’impossibilité par la suite d’en retrouver l’ordre originel. Puis, après une période de latence relativement importante, Évelyne Maury, qui n’était alors pas encore formée à l’archivistique, a assuré la permanence et la transition vers le service tel qu’il existe aujourd’hui. C’est ensuite à partir de 2005, que Claire Guttinger rejoint les archives, d’abord en tant que stagiaire, puis vacataire avant d’être titularisée suite à l’obtention d’un concours. Actuellement, le service dispose donc de ces deux agents titulaires à temps plein, ainsi que d’un agent contractuel, Christophe Labaune, qui a rejoint le service en 2011 à l’issue du stage qu’il y a effectué.

Situé dans les locaux du Collège de France place Marcelin Berthelot dans le 5e arrondissement de Paris, le service des archives assure la gestion de fonds représentant tous les aspects de l’établissement, de sa construction à son organisation administrative, de ses enseignements à la recherche qui y est associée. Les fonds sont surtout issus des versements de l’administration générale, des professeurs – de leur vivant ou par dons de leur famille – et des laborantins et instituts. Les dossiers de personnel, les documents comptables ainsi que les autres documents administratifs sont donc conservés suivant la législation en vigueur régissant la conservation des archives publiques. Cependant, l’intérêt premier du service réside dans ses archives scientifiques, c’est-à-dire les fonds des prestigieux professeurs qui ont enseigné dans l’établissement, tels que Claude Bernard, Émile Benveniste, Pierre-Gilles de Gennes, Étienne-Jules Marey ou encore Georges Dumézil. Depuis 2009, ces archives sont conservées dans des locaux offrant des conditions de conservation convenables, ayant actuellement une capacité de 475 mètres linéaires, capacité qui va augmenter d’ici à fin 2013 avec l’inauguration de nouveaux magasins. En 2000, en raison d’un manque de place et de travaux de rénovation, plusieurs fonds ont fait l’objet d’une convention de dépôt à l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine, qui ont été récupérés par le Collège en 2013. Les archives les plus anciennes remontent au début du XVIIe siècle, et en plus des documents papiers, elles comptent un important fonds d’affiches et de plans ainsi qu’une importante collection de plaques de verre.

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Pour accéder à ces fonds, les lecteurs doivent prendre rendez-vous avec le service puis se rendre sur place pour la consultation. De plus, depuis 2012, ils peuvent accéder en ligne aux instruments de recherche ainsi qu’aux fonds numérisés sur le site Salamandre du Collège de France (https://salamandre.college-de-france.fr). L’accès aux documents n’est pas limité aux seuls professeurs et doctorants de l’établissement, et la recherche y est donc libre. On note cependant que l’essentiel des lecteurs est constitué d’universitaires menant des recherches en histoire des sciences, de professeurs et étudiants préparant un mémoire ou une thèse et de professionnels de l’information.

Les archives du Collège de France présentent donc un intérêt à la fois scientifique et historique, et les grands noms dont on trouve les fonds dans ce service font de lui le gardien d’une part importante du patrimoine scientifique français.

Jéromine Gilet

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